dimanche 28 juillet 2013

Traçabilité

La découverte de viande de cheval dans des plats surgelés censés contenir du bœuf, a montré les limites des règles de traçabilité mises en place dans le secteur agroalimentaire. Appliquées à un système industriel complexe, basé sur la recherche des coûts les plus faibles, la multiplication des intermédiaires et les transports sur de longues distances, elles ne peuvent constituer qu’ un pansement superficiel. L’accumulation de ces normes peut même être contre-productive : elle contribue à fragiliser, par des contraintes inutiles et disproportionnées, les petits paysans. Or, ce sont eux qui, par leurs pratiques et leur proximité avec les consommateurs, donnent les meilleures garanties de traçabilité.
L’identification des animaux par une puce électronique en est un exemple significatif. Sous prétexte de favoriser la traçabilité, la loi française impose à de petits producteurs un équipement coûteux et inadapté, qui favorise l’industrialisation de l’élevage avec une gestion informatisée des troupeaux. Cette nouvelle règle va de pair avec celle, attendue pour les prochains mois, qui consiste à obliger les éleveurs à utiliser des mâles reproducteurs certifiés. Fini les échanges de béliers entre fermes ! Outre la perte d’autonomie des paysans, cette mesure risque de réduire la diversité génétique des élevages en imposant des animaux sélectionnés sur des critères de productivité, plutôt que de rusticité ou de qualité. La même logique est à l’œuvre dans le domaine du végétal, où une réglementation très restrictive protège les variétés industrielles et disqualifie les semences paysannes. Cette volonté de contenir le vivant dans des bases de données et des catalogues officiels, tout comme la tendance à imposer au plus grand nombre un modèle agricole homogène, ont quelque chose de totalitaire.
S’y opposer n’est pas simple, au vu des liens étroits qui existent entre le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (dominé par les semenciers industriels), l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), et les services de l’Etat à tous les niveaux – sans compter les dirigeants de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire.

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