En tant que particulier, investir dans l’énergie solaire n’est pas chose aisée. En revanche, en mutualisant leurs moyens financiers, des groupes d’individus réussissent le pari un peu fou d’installer des panneaux photovoltaïques sur des bâtiments publics. Visite à Chemillé, dans le Maine-et-Loire…
Pour produire de l’électricité solaire à partir du toit de sa maison, encore faut-il en avoir les moyens… Un panneau photovoltaïque coûte aujourd’hui de l’ordre de 1000€ le m2. Or, 30m2 environ sont nécessaires pour couvrir la consommation électrique d’une famille de quatre personnes, ce qui nous amène dans les 30 000€… Quant à envisager une installation photovoltaïque quand on est locataire ou quand on habite en appartement… Reste à convaincre son propriétaire et ses voisins ! Malgré les obstacles, de nombreux citoyens souhaiteraient pourtant contribuer directement, à leur niveau, au développement des énergies renouvelables. Or, depuis quelques temps, plusieurs projets en France ont vu le jour pour permettre à des particuliers d’investir dans des installations photovoltaïques collectives. Une des formes les plus abouties de ce type d’initiative se trouve sans doute à Chemillé, dans le Maine-et-Loire, au sein de la coopérative Energies Partagées.
Le choix de la Scic L’aventure démarre fin 2003, à l’initiative du centre social de Chemillé. Celui-ci est installé dans un bâtiment appartenant à la communauté de communes et dont une partie du toit vient tout juste d’être recouverte par 50m2 de panneaux photovoltaïques financés par la collectivité. L’installation n’a pas encore été inaugurée que l’équipe lance déjà un nouveau projet : recouvrir la seconde moitié du toit en faisant appel à des financements citoyens. « Il nous fallait trouver un système d’investissement qui permette de réunir des particuliers, des collectivités locales, voire des entreprises, dans un projet commun », se souvient Pierre-Marie Robin, le directeur du centre social. « Assez rapidement, le statut de Scic s’est imposé. » Les Scic (Sociétés coopératives d’intérêt collectif) sont, en effet, des entreprises qui associent autour d’un même projet des acteurs multiples pour la production de biens ou services répondant à des besoins collectifs. Les collectivités locales, par exemple, peuvent participer à hauteur de 20%. « Une association ne nous aurait pas permis de développer une activité commerciale et une SARL nous privait de l’aspect participatif qu’on souhaitait », ajoute Pierre-Marie Robin.
93 sociétaires Depuis septembre dernier, la Scic Energies Partagées produit de l’électricité – revendue à EDF – grâce à 63m2 de panneaux photovoltaïques. Ce matériel, ainsi que la mise en place, soit un investissement de près de 60 000€, ont été financés pour moitié par des subventions (1) et pour moitié par 93 sociétaires : 11 collectivités locales (10 communes et la communauté de communes), 3 associations, 1 entreprise et 78 particuliers… Chacun des associés s’est engagé selon ses moyens : « La communauté de communes a pris 13 parts, le centre social, 13 parts aussi, certains particuliers n’en ont pris qu’une et d’autres dix… Le montant de la part sociale a été décidé collectivement en AG à 100€. Nous avons choisi une part pas trop chère car le groupe comptait un certain nombre de jeunes de moins de trente ans qui n’avaient pas trop d’argent… »
Qu’est-ce qu’on gagne ? En élaborant leur projet, les membres de la Scic souhaitaient également donner un caractère exemplaire à leur initiative. Ainsi, pour favoriser la mise en place d’autres projets, dans d’autres régions, l’idée était que les associés éventuels trouvent un intérêt financier à placer leur argent dans une énergie renouvelable. « Si le projet ne reposait que sur des militants écologistes, cela aurait mis en péril sa reproductibilité », souligne Pierre-Marie Robin. « Nous avons donc eu une discussion sur le taux d’intérêt. Nous avons décidé qu’il fallait qu’il corresponde à celui du livret A, soit 3.5%. » Tous les ans, les bénéfices engrangés par Energies Partagées avec la vente d’électricité à EDF seront ainsi partagés à 43% entre les sociétaires (57% restent acquis à la société comme réserves). Un beau moyen de concilier épargne et écologie !
Article de "l'Age de Faire" : Janvier 2010
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