dimanche 27 mai 2012

Récupérer l’eau de pluie

Pourquoi récupérer l’eau de pluie ? A l’heure des économies, arroser son potager ou nettoyer sa voiture à l’eau potable doit être considéré comme du gaspillage. Que la sécheresse soit au rendez-vous cette année ou pas, l’utilisation d’un récupérateur d’eau de pluie est un geste écocitoyen utile...

Tout d’abord, parce que l’eau c’est la vie et qu’en récupérant l’eau pluviale on épargne les réserves en eau douce. Seuls 7% de l’eau potable utilisée par jour sert effectivement pour une utilisation alimentaire. Les usages ne nécessitant pas d’eau potable comme l’arrosage du jardin ou le lavage de la voiture peuvent donc très bien se faire avec de l’eau de pluie. Récupérer l’eau de pluie permet d’éviter des traitements coûteux de production d’eau potable pour des usages qui n’en ont pas besoin. Cela permet également de limiter les apports d’eau vers les réseaux d’assainissement qui collectent à la fois les eaux usées et les eaux pluviales. Lors des orages, ces volumes sont dix fois supérieurs aux rejets des stations d’épuration. Enfin, le prix de l’eau flambe depuis quelques années et cela ne va pas s’arrêter.

Pour quels usages ? On en distingue trois : usages extérieurs (arrosage du jardin, des plantes, lavage, etc.), utilisation domestique (WC, lave-linge, salle de bains, etc.) et eau potable. Il est évident que le coût, les contraintes et les modes de filtration et de stockage seront très différents selon l’utilisation retenue.
Comment récupérer l’eau pour le jardin ? La solution la moins cher et la plus écologique est bien sûr de réutiliser l’existant. Certaines gouttières sont équipées d’un système d’ouverture. Une sorte de bec qui permet déjà de remplir un seau de 12 l à chaque averse (n’oubliez pas de la refermer !). Autre exemple, une ancienne fosse sceptique équipée d’une pompe à main à proximité du jardin est idéale pour l’arrosage des légumes ou de la pelouse. Elle fera très bien l’affaire aussi pour le lavage de la voiture. Si vous n’en disposez pas, vous avez le choix entre l’installation d’une citerne, enterrée ou non, alimentée par la gouttière. Pour une faible consommation, le plus simple est le système extérieur. Les produits se développent et le choix est multiple. Quelle que soit l’installation, vous devez monter un collecteur sur votre gouttière qui sera relié à la cuve. Pour une cuve extérieure de 225 litres équipée d’un robinet, d’un socle et d’un couvercle avec réceptacle de gouttière, comptez une cinquantaine d’euros. Les capacités varient de 200 à plusieurs milliers de litres. Le modèle de base ressemble à une grande poubelle en plastique. Toutes fonctionnent selon le même principe : l’eau ruisselle du toit jusqu’à la cuve par la gouttière, il ne reste plus qu’à se servir avec son arrosoir.
Quel crédit d’impôt ? L’arrêté attendu en application de la loi sur l’eau de décembre 2006 définira le montant du crédit d’impôt et les conditions d’application. On n’en connaît pas à ce jour précisément le montant (probablement 25 %), ni les équipements visés. L’arrêté des ministres chargés de l’environnement et du logement en fixera la liste et précisera « les conditions d’usage de l’eau de pluie dans l’habitat, ainsi que les conditions d’installation, d’entretien et de surveillance de ces équipements ».

Quelle quantité peut-on récupérer ? Il est possible de récupérer en moyenne 600 litres d’eau de pluie par an par m2 de toiture, soit 60 000 litres pour un toit de 100 m2. Selon la localisation géographique, ces chiffres peuvent varier du simple au double puisque la hauteur moyenne annuelle des précipitations varie de moins de 600 mm à plus de 1200 mm. Ces données vont déterminer la taille de la cuve. Pour le jardin, on compte 17 litres au m2. La chasse-d’eau contient 11 litres, on estime à environ 8 000 litres par personne les besoins annuels. Pour la voiture, cela dépend de celui qui porte la cuvette…

Quelle est la qualité de l’eau de pluie ? Croire que tout ce qui tombe du ciel est béni est ici une fausse idée. Selon l’IFEN (Institut français de l’environnement), l’eau pluviale est clairement non potable. Il n’y a pas de normes de qualité pour l’eau de pluie et les analyses en France sont rares. Mais les premiers résultats montrent que sa qualité n’est pas bonne : le taux de pesticides par exemple est supérieur à celui des rivières. La concentration est souvent bien supérieure à la norme de 0,1 µg/l : une analyse en Bretagne a relevé jusqu’à 24 µg/l. Sans parler des acides (sulfurique, nitrique ou chlorydrique), du sel (plus de 10 mg/l sur la côte Atlantique) et des nitrates. Son acidité naturelle est renforcée par la pollution atmosphérique.

Comment récupérer l’eau pour la maison ? Si les autorités sanitaires n’y sont pas favorables (voir encadré), cela n’est pas non plus interdit. L’eau doit d’abord être filtrée pour éliminer les débris. Les procédés de filtration et de stockage dépendent de l’utilisation finale : usage domestique ou boisson. La potabilisation de l’eau nécessite une filtration très fine, ainsi qu’un stockage spécifique assurant sa minéralisation. Dans les deux cas, un système de trop-plein doit permettre de diriger le surplus vers le réseau d’eaux pluviales. Enfin, un groupe hydrophore doit pomper l’eau collectée et la mettre sous pression pour alimenter la maison. Mais le système ne s’improvise pas : il faut éviter les phénomènes de retour d’eau pour ne pas que les deux réseaux (eau potable et eau pluviale) se mélangent. En cas de rupture de charge, un surpresseur avec disconnection vient s’interposer entre le réseau public et le réseau privé. La disconnection par mise à l’air libre sur au moins 5 cm est obligatoire pour éviter le transfert des bactéries. Il convient également d’établir une traçabilité fiable dans le temps – notamment en cas de changement de propriétaire – par exemple avec un code couleur ou des pictogrammes installés sur les robinets avec une mention « eau non potable ». Il est fortement recommandé de faire appel à un professionnel. Ce système, qui existe déjà depuis vingt ans en Allemagne, est encore peu connu en France. Encore du retard, à vite rattraper !


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