Pourquoi récupérer l’eau de pluie ?
A l’heure des économies, arroser son potager ou nettoyer sa voiture à
l’eau potable doit être considéré comme du gaspillage. Que la sécheresse
soit au rendez-vous cette année ou pas, l’utilisation d’un récupérateur
d’eau de pluie est un geste écocitoyen utile...
Tout d’abord, parce que l’eau c’est la vie et qu’en récupérant l’eau
pluviale on épargne les réserves en eau douce. Seuls 7% de l’eau potable
utilisée par jour sert effectivement pour une utilisation alimentaire.
Les usages ne nécessitant pas d’eau potable comme l’arrosage du jardin
ou le lavage de la voiture peuvent donc très bien se faire avec de l’eau
de pluie. Récupérer l’eau de pluie permet d’éviter des traitements
coûteux de production d’eau potable pour des usages qui n’en ont pas
besoin. Cela permet également de limiter les apports d’eau vers les
réseaux d’assainissement qui collectent à la fois les eaux usées et les
eaux pluviales. Lors des orages, ces volumes sont dix fois supérieurs
aux rejets des stations d’épuration. Enfin, le prix de l’eau flambe
depuis quelques années et cela ne va pas s’arrêter.
Pour quels usages ?
On en distingue trois : usages extérieurs (arrosage du jardin, des
plantes, lavage, etc.), utilisation domestique (WC, lave-linge, salle de
bains, etc.) et eau potable. Il est évident que le coût, les
contraintes et les modes de filtration et de stockage seront très
différents selon l’utilisation retenue.
Comment récupérer l’eau pour le jardin ?
La solution la moins cher et la plus écologique est bien sûr de
réutiliser l’existant. Certaines gouttières sont équipées d’un système
d’ouverture. Une sorte de bec qui permet déjà de remplir un seau de 12 l
à chaque averse (n’oubliez pas de la refermer !). Autre exemple, une
ancienne fosse sceptique équipée d’une pompe à main à proximité du
jardin est idéale pour l’arrosage des légumes ou de la pelouse. Elle
fera très bien l’affaire aussi pour le lavage de la voiture. Si vous
n’en disposez pas, vous avez le choix entre l’installation d’une
citerne, enterrée ou non, alimentée par la gouttière. Pour une faible
consommation, le plus simple est le système extérieur. Les produits se
développent et le choix est multiple. Quelle que soit l’installation,
vous devez monter un collecteur sur votre gouttière qui sera relié à la
cuve. Pour une cuve extérieure de 225 litres équipée d’un robinet, d’un
socle et d’un couvercle avec réceptacle de gouttière, comptez une
cinquantaine d’euros. Les capacités varient de 200 à plusieurs milliers
de litres. Le modèle de base ressemble à une grande poubelle en
plastique. Toutes fonctionnent selon le même principe : l’eau ruisselle
du toit jusqu’à la cuve par la gouttière, il ne reste plus qu’à se
servir avec son arrosoir.
Quel crédit d’impôt ?
L’arrêté attendu en application de la loi sur l’eau de décembre 2006
définira le montant du crédit d’impôt et les conditions d’application.
On n’en connaît pas à ce jour précisément le montant (probablement
25 %), ni les équipements visés. L’arrêté des ministres chargés de
l’environnement et du logement en fixera la liste et précisera « les
conditions d’usage de l’eau de pluie dans l’habitat, ainsi que les
conditions d’installation, d’entretien et de surveillance de ces
équipements ».
Quelle quantité peut-on récupérer ?
Il est possible de récupérer en moyenne 600 litres d’eau de pluie par an
par m2 de toiture, soit 60 000 litres pour un toit de 100 m2. Selon la
localisation géographique, ces chiffres peuvent varier du simple au
double puisque la hauteur moyenne annuelle des précipitations varie de
moins de 600 mm à plus de 1200 mm. Ces données vont déterminer la taille
de la cuve. Pour le jardin, on compte 17 litres au m2. La chasse-d’eau
contient 11 litres, on estime à environ 8 000 litres par personne les
besoins annuels. Pour la voiture, cela dépend de celui qui porte la
cuvette…
Quelle est la qualité de l’eau de pluie ?
Croire que tout ce qui tombe du ciel est béni est ici une fausse idée.
Selon l’IFEN (Institut français de l’environnement), l’eau pluviale est
clairement non potable. Il n’y a pas de normes de qualité pour l’eau de
pluie et les analyses en France sont rares. Mais les premiers résultats
montrent que sa qualité n’est pas bonne : le taux de pesticides par
exemple est supérieur à celui des rivières. La concentration est souvent
bien supérieure à la norme de 0,1 µg/l : une analyse en Bretagne a
relevé jusqu’à 24 µg/l. Sans parler des acides (sulfurique, nitrique ou
chlorydrique), du sel (plus de 10 mg/l sur la côte Atlantique) et des
nitrates. Son acidité naturelle est renforcée par la pollution
atmosphérique.
Comment récupérer l’eau pour la maison ?
Si les autorités sanitaires n’y sont pas favorables (voir encadré), cela
n’est pas non plus interdit. L’eau doit d’abord être filtrée pour
éliminer les débris. Les procédés de filtration et de stockage dépendent
de l’utilisation finale : usage domestique ou boisson. La
potabilisation de l’eau nécessite une filtration très fine, ainsi qu’un
stockage spécifique assurant sa minéralisation. Dans les deux cas, un
système de trop-plein doit permettre de diriger le surplus vers le
réseau d’eaux pluviales. Enfin, un groupe hydrophore doit pomper l’eau
collectée et la mettre sous pression pour alimenter la maison. Mais le
système ne s’improvise pas : il faut éviter les phénomènes de retour
d’eau pour ne pas que les deux réseaux (eau potable et eau pluviale) se
mélangent. En cas de rupture de charge, un surpresseur avec
disconnection vient s’interposer entre le réseau public et le réseau
privé. La disconnection par mise à l’air libre sur au moins 5 cm est
obligatoire pour éviter le transfert des bactéries. Il convient
également d’établir une traçabilité fiable dans le temps – notamment en
cas de changement de propriétaire – par exemple avec un code couleur ou
des pictogrammes installés sur les robinets avec une mention « eau non
potable ». Il est fortement recommandé de faire appel à un
professionnel. Ce système, qui existe déjà depuis vingt ans en
Allemagne, est encore peu connu en France. Encore du retard, à vite
rattraper !

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire